LES ORGUES DE SAINT-NICOLAS


 

1. HISTORIQUE DE L’INSTRUMENT


1747  

Construction de l’orgue pour l’abbaye cistercienne de Neubourg (près de Haguenau), par le facteur Johann Georg ROHRER, contemporain et concurrent de Jean-André SILBERMANN.

L’instrument, de type français, compte 29 jeux répartis sur 3 claviers de 48 notes (sans le premier Ut #) et pédalier de 17 notes (idem).

     
1804  

L’abbaye de Neubourg étant fermée en 1790 par les autorités révolutionnaires, son orgue est vendu puis transféré à l’église Saint-Nicolas de Haguenau par Michel STIEHR.

La tribune étant trop haute, Stiehr est obligé de tronquer le soubassement du grand buffet, d’où l’aspect disproportionné de l’instrument actuel, et de modifier la mécanique.

     
1835   Réparations par Georges WEGMANN
     
1859   Réparations et remplacement de plusieurs petits jeux par des jeux gambés, par Ferdinand et Xavier STIEHR (fils de Michel)
     
1879  

Reconstruction d’une grande partie de l’instrument par Théodore et Auguste STIEHR (petits-fils de Michel) :

·        remplacement de plusieurs jeux de Rohrer ;

·        remplacement complet de la pédale ;

·        remplacement du clavier d’Echo par un grand Récit complet ;

·        remplacement complet de la soufflerie ;

·        modification de la mécanique.

Ainsi modifié, l’instrument ne tarde pas à présenter de chroniques et graves dysfonctionnements ; différentes interventions ultérieures n’y feront rien.

     
1904  

Reconstruction complète de l’instrument par Franz KRIESS : 31 jeux (dont la moitié de l’ancien orgue) sur 2 claviers seulement de 54 notes, et pédalier de 27 notes. Le positif de dos devient postiche ; la traction des notes et des jeux est entièrement pneumatisée, conformément aux usages et à la mode de l’époque.

Instrument qui nécessite très vite des réparations…

     
1917   Réquisition des tuyaux de façade (en étain) par les autorités allemandes
     
1924   Remplacement des tuyaux de façade (en zinc) par KRIESS
     
1929   Réparations et remplacement de jeux par E.A. ROETHINGER
     
1945   L’orgue subit d’importants dommages dus à la guerre ; Roethinger effectue de multiples réparations de 1946 à 1953
     
1961  

Reconstruction d’un orgue neuf par la maison HAERPFER-HERMAN : 34 jeux (dont une douzaine de l’instrument précédent), réinstallés dans le grand buffet et le positif de dos ; 3 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes ; console en fenêtre, traction mécanique des notes et tirage électrique des jeux entièrement neufs.

Salué unanimement dans un premier temps comme exemplaire, représentatif du courant néo-classique en vogue dans la facture d’orgue de cette époque, le nouvel instrument présente bien vite de nombreux dysfonctionnements…

     
1987   Reconstruction complète de l’instrument par Alfred et Daniel KERN : 34 jeux, 3 claviers et pédalier, à traction entièrement mécanique.
     
1999   Relevage de l’instrument par Daniel KERN ; à cette occasion, une partie des jeux est réharmonisée, et un jeu de Stiehr, supprimé en 1987, retrouve sa place dans l’orgue actuel.
 

2. DESCRIPTION DE L’ORGUE ACTUEL


LE BUFFET
 

 

Comme les autres boiseries anciennes de l’église, le buffet provient de l’abbaye de Neubourg, aujourd’hui détruite.

Depuis 1982, il est classé Monument Historique.

En fait, il ne reste du buffet originel, en chêne, que la rambarde de la tribune (tronquée en largeur, du fait de l’extrême étroitesse de la nef), la façade du positif de dos, et la façade du grand buffet, sans son soubassement.

Le reste de la boiserie a été complété par Kern, lors de la reconstruction, en 1987.

 

A cette occasion, le grand buffet a été avancé, mais faute de hauteur suffisante sous la voûte, les proportions originelles n’ont pas pu être respectées, d’où l’effet d’ « écrasement » actuel.

Il faut remarquer l’horloge, située au-dessus de la tourelle centrale du grand buffet : c’est l’un des deux seuls exemplaires présents en Alsace (l’autre étant visible à Neuwiller-les-Saverne). 

 

 


LA COMPOSITION

 
Il s’agit de la composition donnée par Daniel Kern en 1987, légèrement modifiée en 1999 :
       
PEDALE I. POSITIF DE DOS II. GRAND-ORGUE III. RECIT
30 notes 56 notes 56 notes 56 notes
Principal 16’ Bourdon 8’ Bourdon 16’ Principal 8’
Soubasse 16’ Montre 4’ Montre 8’ Bourdon 8’
Flûte 8’ Flûte à Cheminée 4’ Bourdon 8’ Flûte 4’
Prestant 4’ Doublette 2’ Cor de Daim 8’ (*) Cor de Chamois 2’
Fourniture 3 rgs Sesquialtera 2 rgs Prestant 4’ Larigot 1 1/3’
  Cymbale 4 rgs Flûte à Cheminée 4’ Sifflet 1’
Bombarde 16’   Doublette 2’  
Trompette 8’ Cromorne 8’ Cornet 5 rgs (au Fa 2) Hautbois 8’
Clairon 4'   Fourniture 4 rgs  
    Cymbale 3 rgs  
       
    Trompette 8’  
    Clairon 4’  
       
Tirasse Positif   Tremblant Tremblant
Tirasse G.O.   Accouplement Pos. / G.O.  
Tirasse Récit   Accouplement Réc. / G.O.  
 

(*)  Ce beau jeu de Stiehr, a été (re)placé en 1999, à la place d’une Quinte 2 2/3’ de Haerpfer.

L’orgue compte actuellement près de 2 400 tuyaux ; la plupart des jeux proviennent de l’instrument précédent : en majorité de Haerpfer (1961), mais également quelques jeux de Théodore et Auguste STIEHR (1879). Enfin quelques jeux sont neufs, de Kern (1987), ou de récupération et posés par lui.
 
Tous les tuyaux de façade sont de Haerpfer.
 
L’harmonisation des jeux, soignée, revue en 1999, est due à Richard Sturny.
 
Il ne subsiste malheureusement aucun jeu du XVIIIème siècle. Lors de la reconstruction de l’instrument, on a donc écarté un retour pur et simple à la composition de 1747 ; on a préféré conserver celle de Haerpfer, corrigée et complétée, ce qui permet l’interprétation d’un répertoire beaucoup plus étendu, et pas cantonné strictement aux œuvres baroques.

LA TRANSMISSION

 

La transmission – traction des notes et tirage des jeux – est entièrement mécanique, reconstruite par Kern, qui a néanmoins réutilisé les sommiers de Haerpfer.

La console est neuve, en fenêtre, dans le soubassement du grand buffet.

Le pédalier et le banc sont encore de Haerpfer.

LA SOUFFLERIE

Entièrement neuve, de Kern, elle comporte deux réservoirs à plis parallèles, situé dans le soubassement, sous les sommiers de pédale.

Franck Lechêne