HISTOIRE ARCHITECTURALE DE L'EGLISE


 

De l'église romane construite par les Hohenstaufen, il ne reste plus que la partie inférieure et carrée du clocher qui abritait une cloche du 13e siècle. Il y a  probablement ressemblance avec l'église St Georges dans sa forme primitive.

Le clocher abrite 5 cloches et se situe entre le chœur et la nef. Il y a une très belle sonnerie, très harmonieuse :

  • la plus petite cloche dédiée aux Saints Anges (110 kg, en si bémol)

  • la 2e à St Nicolas, patron de la Paroisse (212 kg, en sol bémol)

  • la 3e à St Arbogast, patron du Diocèse (1293 kg, en mi bémol)

  • la 4e à Marie Notre Dame de la Joie (2120 kg, en ré bémol)

  • la 5e - le gros bourdon - dédiée au Christ Ressuscité - (3210 kg, en si bémol). Elle sonne lors des grandes fêtes et la nuit à 22 h, autrefois heure de fermeture des portes de la Cité.

L'église, chose curieuse, contrairement à d'autres églises, n'a pas de transept : vue d'en haut, pas la forme d'une croix.

En 1298, les Strasbourgeois incendièrent les faubourgs - l'église se trouvant en dehors de l'enceinte - ne fut certainement pas épargnée ! Après cette année fatale, reconstruction du sanctuaire par les Prémontrés. Direction : architecte Dietrich.

Elévation du chœur gothique, construction de 7 travées (Bögen oder Gewölbejoche). De beaux chapiteaux décorés de feuillages (Blattwerkmuster) - ces feuillages varient d'un pilier à l'autre. Les quatre premières colonnes près du chœur comptant en plus de gracieuses colonnades.

Les ogives croisées (Spitzbögen) dans la nef principale sont de pierre, dans les bas-côtés de briques. Pourquoi ? Les pierres de taille étaient rares et chères à Haguenau et les Prémontrés n'étaient pas riches !!

Selon le chroniqueur Herzog, début des travaux d'agrandissement en 1424 : allongement de la nef de 4 autres travées - ce qui fait 11 en tout. Voûtes terminées en 1448.

Il y a des clefs de voûte avec des têtes, des feuillages, de belles armoiries, armoiries de prévôts et d'échevins.

Depuis cet agrandissement, l'église garda les mêmes dimensions :

55 m de long
16 m de large
13 m de haut

A titre de comparaison, l'abbatiale de Wissembourg a 60 m de long et 22 m de large.

La grande nef est séparée des bas-côtés par 2 rangées de 10 colonnes chacune.

Vers 1500, fut ajoutée cette espèce de vestibule précédant le portail de la façade. A l'occasion de cette dernière transformation, l'Evêque de Strasbourg, Albert de Bavière, émit une lettre d'indulgences recommandant à la générosité des fidèles une quête en faveur de l'église St Nicolas.

18e siècle : les Prémontrés réalisèrent une petite chapelle carrée accolée au bas-côté sud (en 1785 exactement). Ils construisirent aussi l'actuelle chapelle du St Sépulcre à l'entrée de l'église sous laquelle se trouve un caveau pour religieux défunts (1786).

En 1847, construction de la sacristie. En 1932, le Curé Steinmetz ajouta la chapelle du Baptistère, à côté de la chapelle du St Sépulcre.

La restauration de l'église, après la guerre, a su dégager les belles lignes de la construction gothique dans toute sa pureté.

En 1994, réalisation du nouvel éclairage. Il souligne les belles lignes et les met en valeur. De plus, ensemble de petits lustres, donnant un caractère de fête aux diverses célébrations liturgiques. Au milieu du chœur se trouve un grand lustre offert en 1996 par un couple de sponsors.


DECOUVERTE DES RICHESSES ET DES JOYAUX

A L'INTERIEUR DE L'EGLISE


 

Commençons par la chapelle latérale - bas côté sud -

  • Calvaire,  Christ en Croix - aux pieds de la croix, St Jean et un autre apôtre

  • Vierge Douloureuse - Piéta du 15e siècle

Plus en avant, toujours du côté droit : abside du bas-côté sud : Chapelle du St Sacrement :

De chaque côté du tabernacle une statue représentant St Joachim, le père de la Vierge, une autre statue représentant St Joseph. Ces deux statues baroques proviennent du Couvent  St Joseph détruit pendant la Révolution.

  • Une autre statue sur le mur, celle de St Nicolas, du 18e siècle.

 De l'autre côté - abside du bas-côté nord : des boiseries d'une grande valeur :

Ces boiseries se trouvaient longtemps au Musée de Haguenau. Grâce au Conservateur, le Chanoine Docteur Burg, elles ont été restituées à l'église.

A l'entrée du chœur, les 4 Pères de l'Eglise : St Augustin, St Ambroise, St Jérôme, St Grégoire le Grand.

St Augustin avec les Saintes Ecritures en main. Son cœur brûle à l'écoute de la Parole de Dieu. Célèbre phrase prononcée par St Augustin : "In quietum est cor nostrum donec requiescat in te o Domine" ("Tu m'as fait pour Toi… et inquiet est mon cœur, jusqu'à ce qu'il repose en Toi, O mon Dieu" (Confessions I,1)

St Ambroise : sa statue se trouve derrière celle de St Augustin et du même côté.

St Augustin était en admiration devant St Ambroise vu son éloquence, sa sagesse, sa facilité de fasciner le peuple par sa prédication. Pourquoi cette ruche, "ce Bienenkorb" aux pieds de l'Evêque ??… et bien, son langage, en effet, était doux comme du miel. Les foules accouraient pour l'entendre. C'est beaucoup à St Ambroise qu'Augustin doit sa conversion. En plus, cette ruche nous incite à être aussi actif pour le rayonnement du Royaume de Dieu, que le sont les abeilles dans leur essaim. Aussi, St Ambroise est-il le patron des apiculteurs.

St Jérôme : sa statue, à droite, à moitié dénudé, a passé une partie de son existence dans le désert, menacé par les bêtes sauvages, les lions, entre autres. Un lion est couché paisiblement aux pieds de la statue. Le lion symbolise le désert. Le Saint tient d'ailleurs un crâne humain dans sa main… ce qui veut dire, tout homme est confronté à la mort.

Plus tard, St Jérôme se consacre aux études bibliques (réviser les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament). Il est l'auteur de la Vulgate, la Vulgata,  la traduction latine de la Bible.

St Grégoire le Grand : le Pape, avec sa tiare sur la tête. Son pontificat fur marqué par une profonde réorganisation de l'Eglise - réorganisation aussi du chant rituel ou plain- chant, devenu, grâce à lui, le Chant Grégorien. Il est né en 540, décédé en l'an 604).

Remarquons tout particulièrement la beauté du chœur : les stalles, style Louis XV, Louis XVI, nous rentrons déjà dans le style "rococo". Admirons les sièges avec les têtes d'anges, les moulures qu'on appelle les "Miséricordes". Les deux angelots entre les vitraux avaient disparu après les faits de guerre et nous les avons redécouverts chez un antiquaire ! Nous avons dû les racheter, mais l'antiquaire, innocent, nous a fait un bon prix !

La chaire aussi, attire notre attention. Au devant de la partie centrale : la parabole du semeur. Dans le dos du prédicateur : "Jésus, le Bon Pasteur", avec la brebis sur les épaules. Sur le côté, vers l'orgue, St Bernard, patron des Cisterciens, qui harangue la foule, tout en haut des angelots qui montrent les 10 commandements - les Tables de la Loi.

Le buffet d'orgue avec l'horloge est également splendide. Orgue construit par Johann Georg Rohrer en 1747 pour l'Abbaye de Neubourg, transféré ici et remonté par Michel Stiehr en 1804. (Rohrer était un contemporain de Silbermann).

Orgue restauré il y a quelques années par la Maison Kern de Strasbourg-Koenigshoffen (1987).

Toutes ces œuvres d'art en bois ont été acquises par la paroisse en 1802 (après la Révolution) lors de la démolition de l'ancienne Abbaye cistercienne de Neubourg.

Cette abbaye se trouvait à 12 km de Haguenau. Il n'en reste que le mur et la porte d'entrée. La fontaine des Abeilles, derrière l'église St Georges, provient également de cette abbaye.

Le Crucifix, très expressif, dans le chœur ne fait pas partie de l'ensemble. Il est de la fin du Moyen-Age.

Près de la petite porte de sortie, derrière la chaire, un bas-relief en pierre - en grès vosgien - du 16e siècle. Il est encastré dans le mur. Il représente le Christ sous le pressoir, une représentation très rare. Il illustre la parole de St Augustin : "le Christ est la plus noble des grappes qui fut soumise au pressoir".

Le tout, une représentation symbolique, comme le pélican qui ouvre sa poitrine avec son long bec pour nourrir ses petits, ainsi Jésus donne sa dernière goutte de sang pour nous racheter de nos fautes -  le pressoir : le poids de nos péchés.

La Paroisse possède encore un ostensoir vermeil de style baroque que l'orfèvre strasbourgeois Pick livra en 1760.

En 1828, le Curé Bouffleur y fit encastrer deux pierres précieuses que le Tsar Alexandre Ier de Russie avait offertes à son hôte lors de son passage à Haguenau en 1815. Malheureusement, elles furent volées il y a quelques années, en 1982, par un "connaisseur" et jamais retrouvées.

La Paroisse possède également une Vierge à l'Enfant du 15e siècle, restaurée par la Société d'Histoire. Elle provient du Couvent des Dominicains.

Les vitraux sont récents. Ils ont été posés entre 1950 et 1960. Ils représentent les Saints jadis spécialement vénérés dans la Paroisse.

Les trois grands vitraux du chœur représentent (de gauche à droite) :

  • St Arbogast, patron du Diocèse

  • St Nicolas, patron de la Paroisse

  • Ste Odile, patronne de l'Alsace.

Les vitraux, en grande partie, des dons des paroissiens, proviennent d'un atelier d'art sacré en Lorraine, de St Avold. L'artiste s'appelle Arthur Schuler.

Remarquons aussi la belle perspective qu'on a depuis le Maître-Autel sur la nef principale et l'orgue.

Ce nouveau Maître-Autel devait s'harmoniser avec l'ensemble baroque-rococo, aussi le Curé Bur et le président du Conseil de Fabrique se sont-ils adressés, il y a quelques années, à un artiste de la Franconie en Bavière, cette région étant le berceau de l'art baroque. Il s'intègre très bien dans ce cadre unique.

Enfin, en sortant, en quittant l'église,  nous avons en face, dans la chapelle d'entrée, un Saint-Sépulcre, une œuvre d'art du 14e siècle.

La fin du Moyen-Age multiplie les représentations du tombeau du Christ. La théologie, sous l'influence des mystiques, comme Catherine de Sienne (statue au-dessus de la porte d'entrée), insiste surtout sur le Christ qui s'est sacrifié sur la croix par amour pour les hommes.

Le Christ est étendu sur un sarcophage, les mains croisées. Ces belles statues et sculptures : femmes voulant embaumer le corps du Christ, soldats romains endormis, avaient été taillées pour l'église St Etienne à Strasbourg et ont été transférées à Haguenau, probablement au début du 18e siècle. Le tout, coiffé par une sorte de baldaquin à 3 arcades en style gothique flamboyant.

Le tout ne serait pas dans cet excellent état, si on ne l'avait pas protégé pendant la guerre avec de petits sacs de sable qui montaient jusqu'au plafond (même procédé pour sauver la custode de l'église St Georges).

A côté se trouve le baptistère en grès vosgien, garni de mosaïques. Tout près, un autre baptistère, servant de bénitier, très ancien, le socle datant de l'époque romane.